Le chemin de l’harmonie

Gravissant les pentes du Cousimbert le regard découvre l’un des plus beaux et des plus vastes paysages naturels du pays ; le corps s’ouvre à l’esprit : l’harmonie des montagnes du Schwyberg à la Berra, avec en arrière-plan le Gantrisch, invite l’âme à gambader sur les vingt kilomètres de crêtes de cet amphithéâtre naturel ouvert sur le Plateau ; tout est beauté, légèreté, et je me sens partie d’un grand tout qui me dépasse et me ravit. Il n’est pas étonnant que la Confédération ait reconnu ce paysage comme parc naturel d’importance nationale du Gantrisch, juste à côté de celui de la Gruyère/Pays d’Enhaut.

Placer des usines électriques géantes dans ce paysage - au nom de l’écologie ! - est un non-sens. Ces installations industrielles rompraient l’harmonie de cet ensemble unique, qui nous invite à la méditation et à l’émerveillement. L’infini est là, qui nous appelle à participer à la grandeur du monde et à l’esprit qui l’habite. Je me joins à l’artiste, naturaliste et philosophe Robert Hainard pour dire : « J’ai l’infini à ma portée, je le vois, je le touche, je m’en nourris et je sais que je ne pourrais jamais l’épuiser. Et je comprends mon irrépressible révolte lorsque je vois supprimer la nature : on me tue mon infini. ».

Sacrifier l’âme du pays pour des consommations dérisoires nous prive de sens ; or c’est justement parce qu’elles ne comprennent plus le sens de la vie que de nombreuses personnes désespèrent et fuient dans des consommations futiles : cercle vicieux délétère dont il faut sortir en conservant auprès de nous les beautés d’une nature qui nous régénère, nous inspire et nous enchante.


Philippe Roch, 8 juillet 2014